Sidaction 2013

Contre le sida, ne crions pas victoire trop vite

Vos questions, nos réponses

Comment se transmet le virus du sida (VIH) ?

 

Par le sang, le sperme, les sécrétions vaginales, le liquide séminal, par le lait maternel. Le virus du sida ne se transmet pas par les larmes, ni par la salive, ni par les piqûres de moustiques.

 

Quand une personne est séropositive, est-elle malade du sida ?

 

Une personne séropositive est une personne porteuse du virus du sida. Mais son système immunitaire est encore suffisamment fort pour se défendre contre les microbes, bactéries ou virus qui l’attaquent. Cette personne devient malade du sida lorsque que ses défenses immunitaires sont en grande partie détruites par le virus du sida. Cette personne développe alors des maladies ou infections opportunistes qui peuvent mettre sa vie en danger.

 

Existe-t-il des traitements pour GUERIR du sida ?

 

Non, les traitements actuels (multithérapies) permettent uniquement de freiner la réplication du virus dans l’organisme. Ils permettent de stabiliser l’état de santé des malades mais en aucun cas de guérir du sida.

 

Est-il possible de contrôler l’épidémie ?

 

Non, même si les avancées sont réelles (réduction de la transmission de la mère à l’enfant à moins de 1 %). Non parce que d’un point de vue épidémiologique, il faudrait pouvoir mettre tout le monde sous traitement afin de bloquer la progression de la maladie. Or, selon l’Onusida, la moitié des 34 millions de personnes séropositives dans le monde ignorent leur statut. Il est donc, pragmatiquement, impossible de contenir l’épidémie. Cette ignorance du statut sérologique est notamment liée à la discrimination toujours forte à l’égard des personnes vivant avec le VIH, particulièrement lorsqu’il s’agit de populations dites « exclues ».

 

En 2012, meurt-on toujours du sida ?

 

Oui, depuis le début de l’épidémie, ce sont 30 millions de personnes qui en sont décédées. En 2011 (données ONUSIDA nov 2012), on compte  1,7 millions de décès dans le monde.

 

Les chiffres restent toujours alarmants :


Dans le monde :


•    34 millions de personnes vivent avec le VIH dont la moitié l’ignorent
•    330 000 enfants sont nés  avec le VIH
•    2,5 millions de nouvelles infections
•    7 millions de personnes n’ont toujours pas accès aux traitements.


En France


•    6 100 personnes ont découvert leur séropositivité.
•    800 diagnostics de sida ont été réalisés chez des personnes qui ignoraient leur séropositivité.
•    150 000 personnes sont porteuses du VIH en France dont 50 000 personnes l’ignorent
•    12% des nouvelles découvertes concernent des moins de 25 ans.   
•    Les 4 régions les plus touchées sont La Guyane, l'Ile-de-France, les Antilles et la Provence-Alpes-Côte d'Azur
•    60% des personnes ayant découvert leur séropositivité en 2011 ont été contaminées par rapports hétérosexuels.

 

Il existe plusieurs associations de lutte contre le sida. Quel est le rôle spécifique de Sidaction ?

 

Sidaction est la seule association française  à financer la recherche contre le sida. En 2012, elle a consacré 4,6 millions d’euros à la recherche fondamentale, virologique, clinique et sciences sociales. Ce sont plus de 85 jeunes chercheurs, 65 équipes qui ont pu ainsi poursuivre leurs travaux.
Sidaction agit comme un « impulseur » : pour intervenir au profit de populations mal prises en charge ou pour répondre à l’urgence de besoins non couverts.

 

Où en est la recherche ? Existe-t-il un vaccin ?

 

Pour l’heure, aucun vaccin préventif ou curatif, ni traitement curatif ne sont disponibles. Pour autant, certaines pistes semblent encourageantes :


- Traitement : outre de nouvelles molécules dans les classes existantes, une nouvelle classe thérapeutique est à l’étude : un inhibiteur de maturation, qui agit au même stade que l’inhibiteur de protéase.
- Traitement curatif : depuis la guérison du « patient de Berlin », suite à une greffe de moelle osseuse, le traitement curatif ne paraît plus utopique. Irréalisable à grande échelle, cette stratégie est une preuve de concept : il serait possible d’éradiquer le virus de l’organisme. Un postulat adopté par une trentaine d’experts et d’organismes internationaux (dont Sidaction), qui ont lancé en juillet 2012 l’initiative « Towards an HIV cure ». Celle-ci vise a encourager les travaux de recherche ciblant l’éradication du VIH de l’organisme des personnes infectées, ou au moins, bloquant l’évolution du virus en stimulant un contrôle par le système immunitaire qui permettrait de vivre avec le VIH en l’absence de traitement (mimer les « HIV-controller », ses rares personnes chez qui le VIH ne progresse pas, moins de 1% de la population) .
- Recherche vaccinale : les obstacles restent nombreux, tant le VIH déjoue toutes les stratégies classiques. Les techniques classiques d’injection d’un virus at¬ténué ou inactivé sont respectivement trop dangereuses et inefficaces. Sa rapidité à se répliquer et à se disséminer dans l’organisme, sa capacité à créer des réservoirs viraux, sa grande variabilité sont autant de difficultés à contourner pour élaborer un vaccin.

Que cela soit avec un objectif de prévention (vaccin préventif) ou de contrôle de l’infection (vaccin thérapeutique), la recherche vaccinale avance, même si elle progresse par palier. Plusieurs recherches fondamentales et cliniques, à différents stades du développement des candidats vaccins, sont en cours dans le monde et explorent de nombreuses pistes. Mais pour l’instant la route est encore longue, car les résultats ne sont pas suffisamment concluants pour que les vaccins soient commercialisés.

 

Comment avance la recherche sur la transmission du VIH de la mère à l'enfant ?

 

La prévention de la transmission mère-enfant est certainement l’une des premières victoires de la lutte contre le sida. Grâce à un protocole thérapeutique assez simple, les risques de transmission du virus pendant la grossesse, l’accouchement et l’allaitement sont considérablement diminués, pour atteindre une proportion minime (moins de 1 % dans les pays à revenu élevé) lorsque la mère et le nouveau-né sont correctement suivis. D’où l’importance de proposer à toute femme enceinte de procéder à un test de dépistage afin de prévenir la transmission du virus à l’enfant. Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, encore trop peu de femmes bénéficient de services de prévention et de traitement liés au VIH pour se protéger et protéger leurs enfants. Selon l’Onusida, à l’échelle mondiale, 57 % des femmes séropositives ont reçu en 2012 un traitement pour éviter de transmettre le virus à leur bébé.
En 2011, 330 000 enfants ont été infectés par le VIH. Soit une baisse de 43 % depuis 2003 et une baisse de 24 % depuis 2009. Plus de 90 % de ces enfants vivent en Afriquesubsaharienne.
Leur pronostic vital est peu optimiste : un tiers meurt avant d’avoir un an. Toutefois, avec une prise en charge adaptée, ces mêmes enfants peuvent grandir quasi normalement. Même si le statut sérologique ne peut être confirmé formellement par un test classique qu’à 18 mois, un test de dépistage précoce, dès l’âge de 2 mois, permet d’assurer un meilleur suivi, et éventuellement une mise sous traitement, dès les premiers mois de la vie de l’enfant. Selon les recommandations de l’OMS, la mise sous traitement est conseillée chez tous les nourrissons de moins de 2 ans, dont l’infection est confirmée.

 

 

Quels sont les défis pour demain ?

 

Les défis pour demain restent nombreux, d’autant plus nombreux que l’épidémie semble petit à petit changer de visage. Avec une courbe de l’épidémie mondiale qui s’inverse, et la diminution des nouvelles infections au niveau mondial, le principal défi est de ne pas baisser la garde. La mobilisation doit s’intensifier, pour garantir la concrétisation des avancées acquises. Les financements sont plutôt en berne. L’argent disponible pour la lutte contre le sida en regard des besoins décroit globalement, comme en témoigne le budget de l’emblématique Fonds Mondial de Lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, répond directement aux demandes financières de plus de 120 pays, dont de nombreux en dépendent presque intégralement. Il est donc crucial de poursuivre l’élaboration de financements innovants, à l’échelle internationale, comme la taxe sur les billets d’avion instaurée par la France ou la taxe sur les transactions financières, ou à l’échelle locale, comme certains pays le développent, afin de moins dépendre des financements internationaux. En parallèle, une réduction des coûts des traitements de seconde et troisième ligne, ainsi que des réactifs, sont indispensables pour permettre notamment aux populations des pays en développement d’y avoir accès. Sur le champ des droits de l’homme, un engagement international est indispensable. Tous les efforts resteront vains si, notamment dans les pays en développement, les violences faites aux femmes, les menaces pesant sur les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes ou sur les utilisateurs de drogues par voie intraveineuse ne sont pas stoppées.

 

Les médias annoncent régulièrement des cas de guérison, qu'en est-il ?

 

Malheureusement, non ! Ne crions pas victoire trop vite, car nous n’en avons pas fini avec l’épidémie, bien au contraire. Le temps de la recherche n’est pas le temps des malades. Si nous avons connu des avancées considérables en matière de recherche, couronnées par de grands succès, les perspectives s’évaluent en dizaines d’années. Ce délai reste particulièrement long pour les malades. L’exemple majeur est la recherche sur le vaccin, où des avancées prometteuses sont obtenues, mais nous savons qu’aucun vaccin thérapeutique ou préventif ne sera disponible avant de longues années. Bien sûr, par exemple, nous savons aujourd’hui que lorsque nous mettons les personnes sous traitement leur charge virale diminue et qu’avec une charge virale indétectable le risque de transmission devient infime. Mais sans vaccin rien ne sera réglé.

 

Cas particulier de l’annonce de la guérison du Bébé au Mississipi
Depuis quelques semaines, un enfant de deux ans et demi fait la Une des journaux. Pourquoi ? Son identité n’a pas été révélée, mais on sait qu’il s’agit d’une petite fille dont la mère, infectée par le virus, n’a pas été traitée pendant sa grossesse car hors du circuit des soins, ce qui a entraîné la contamination in utéro du bébé. Né infecté par le VIH, le bébé contrôle aujourd’hui la réplication virale, après un traitement initié très précocement et plus de dix mois d’arrêt des traitements. En effet, conformément aux recommandations prévues lorsqu’une une mère présente une charge virale détectable lors de l’accouchement, le bébé a été mis sous traitement antirétroviral au plus tôt et, dans ce cas précis, dès sa 31ème heure de vie. Par la suite, l’objectif est, notamment, de maintenir l’enfant dans le soin et sous traitements. Mais, ici le bébé était « perdu de vue », entre ses 18 mois jusqu’à près de ses 24 mois, période pendant laquelle il n’a pas reçu de traitements (d’après l’équipe de recherche, bien que celle-ci n’ait pas effectuée de dosage des molécules chez l’enfant). A son retour dans le parcours de soin, sa charge virale, qui avait baissée avec l’administration d’antirétroviraux à sa naissance, était restée indétectable. L’équipe soignante, surprise de cette observation, s’est donc tournée vers des spécialistes du VIH pédiatrique de l’équipe de Déborah Persaud et Katherine Luzuriaga (Johns Hopkins University School of Medecine, Baltimore, Etats Unis). L’enfant, présentant des « données stables», n’a pas repris d’antirétroviraux. Aujourd’hui, après plus de dix mois sans traitements, l’enfant a toujours une charge virale indétectable (ARN) ; il présente des niveaux d’ADN-VIH très bas (quasi-indétectables) ; il n’a ni anticorps (il est « séronégatif »), ni réponse immunitaire spécifique. A noter qu’il n’y a pas de doute sur son infection, après plusieurs tests à la naissance et des mesures de charge virale qui ont diminuée progressivement à la mise sous traitement, jusqu’à devenir indétectables. Il s’agit d’une « proof of concept », explique D. Persaud : « Un cas unique, à ce jour, en faveur de l’initiation précoce d’un traitement chez les bébés infectés par le VIH, qui bloque l’établissement des réservoirs et est associé à, ce que l’on nomme, une « cure fonctionnelle ». Pour D. Persaud, « il faudrait d’autres cas pour aller plus loin dans les interprétations ». Mais comme le précise Anthony Fauci  (directeur du NIH, National Institut of Health, US), il faut rester très prudent. « Ce cas unique a peu de recul (10 mois) et une étude autour du contrôle du virus après traitement chez l'enfant serait très compliquée à mettre en œuvre, notamment en terme de temps nécessaire, car le suivi doit pouvoir être fait sur des années. »